Traversée du Lac-Saint-Jean en fatbike

Au milieu du lac Saint-Jean, en plein mois de février le vent souffle fort et rien ne l’arrête. Pas une seule maison à l’horizon, seulement quelques vélos qui roulent sur la glace. Parmi les courageux, Gérard Warzée et Monique Rome avancent, confiants, et ne semblent pas regretter leur décision d’avoir quitté leur Belgique natale pour affronter le lac, le temps d’un défi.

C’est grâce à des vélos à pneus surdimensionnés, communément appelés «fatbike» que les participants de la Traversée du lac Saint-Jean à vélo peuvent dompter cette mer intérieure. Ces mastodontes à pédales permettent de rouler aisément sur la neige et la glace. Gérard et Monique n’avaient jamais touché à un vélo de ce type auparavant, mais ils ont tout de même choisi de franchir l’Atlantique pour braver l’inconnu. «J’en ai fait pendant une heure il y a deux ans, mais je ne suis pas inquiet», lance à la rigolade le sexagénaire, quelques minutes avant le départ.

Même si le défi a une part de mystère pour le couple, il n’est pas pour autant novice du cyclisme. Il y a quelques années, Gérard a eu l’occasion de faire le tour du lac Saint-Jean en vélo, pendant l’été, à la suite d’une victoire à l’émission belge «Le beau vélo de Ravel». Pour sa part, Monique parcourt chaque jour 45 kilomètres pour se rendre à son travail, mais ne cache pas son appréhension face aux 32 kilomètres qui l’attendent. «J’ai vu un fatbike pour la première fois hier, alors bien sûr que je suis nerveuse», avoue-t-elle timidement.

Mais le lac peut aussi donner du fil à retordre aux plus expérimentés et aux plus téméraires jusqu’au tout dernier moment.

Après avoir avalé les kilomètres, les deux Belges prennent le temps de repenser à l’aventure givrée qu’ils viennent de vivre. «Je me disais « merci la vie, merci la santé », sans ça, je n’y serais jamais arrivée», avoue Monique, qui termine à l’avant-dernier rang de la course de 107 participants. Gérard a quant à lui franchi la ligne d’arrivée après deux heures et quarante minutes d’efforts, ce qui le place au 65e rang. «L’important, c’est de terminer», explique-t-il, tout en rassurant sa conjointe d’un regard admiratif.

Gérard et Monique n’étaient pas les seuls Belges sur la glace cette journée-là. L’homme derrière ce défi est David Lecointre, un expatrié dans la Belle Province depuis 2000. C’est l’appel du plein air qui l’a poussé à traverser l’océan pour s’installer au nord du Lac-Saint-Jean. Depuis, il ne cesse de créer des projets innovateurs pour développer le potentiel du pays des bleuets. Cet amoureux du cyclisme a toujours baigné dans le domaine, que ce soit au poste de directeur général de la Véloroute des Bleuets, ou en tant qu’instigateur de la Traversée en fatbike.

«Le lac, ça représente une aventure plein air hors du commun pour moi. Il relie des dizaines de villages entre eux, c’est accessible à tout le monde», souligne celui qui a réussi à rassembler près de 300 personnes sur les eaux gelées. En effet, David Lecointre a su s’armer d’une équipe de bénévoles indispensable.  «Un motoneigiste m’a aidée à garder de la motivation tout au long de la course. Il était aux petits oignons avec moi», confie Monique, après plusieurs chutes sur les glaces de la rivière Péribonka.

«C’est la première fois que la météo colle autant avec le slogan “aventure givrée”. Les images parlent d’elles-mêmes !», plaisante David Lecointre. Malgré le parcours tumultueux, Gérard et Monique ne pensent pas capituler si facilement et réfléchissent déjà à un possible retour au combat. «Et pourquoi pas, on pourrait devenir les ambassadeurs de la Belgique au Lac-Saint-Jean !», lancent les deux complices à la rigolade. L’an prochain ils espèrent convaincre leurs amis de venir vivre l’expérience avec eux. Mais ces derniers risquent d’être surpris, car encore une fois, la nature a prouvé qu’elle n’a jamais dit son dernier mot…

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